Biodiversité menacée en Méditerranée : inventaires et conseils de gestion
En 2025, auddicé a réalisé des études sur l’ensemble de son périmètre d’intervention (majoritairement en PACA et Languedoc), qui ont permis la réalisation de nombreux inventaires floristiques et faunistiques. Ces données collectées permettent de compléter l’état des lieux de la biodiversité locale.
Les inventaires réalisés ont révélé la présence de 490 espèces comprenant des amphibiens, oiseaux, mammifères (dont les chiroptères), insectes et reptiles. Les études floristiques ont, quant à elles, recensé 973 taxons floristiques avec en moyenne, 174 espèces par projet dont au moins 1 espèce patrimoniale.
Les inventaires réalisés sur le terrain ont révélé une forte richesse biologique, mais également la présence d’un nombre significatif d’espèces à enjeux de conservation.
Pour la faune, 38 espèces possèdent un statut de conservation sur la liste rouge nationale, dont 27 espèces vulnérables, 9 espèces en danger et 2 espèces en danger critique d’extinction.
La majorité des espèces menacées appartient à la famille des oiseaux avec 32 espèces concernées. Parmi elles 9 espèces sont en danger (L’Aigle de Bonelli, Le Blongios nain, Le Bruant des roseaux, Le Bruant ortolan, La Fauvette pitchou, Le Moineau friquet, La Pie-grièche méridionale, Le Vautour moine, Le Vautour percnoptère) et 2 espèces sont en danger critique : La Rémiz penduline et La Grue cendrée.
Concernant les autres groupes faunistiques, deux espèces de reptiles classées vulnérables ont été observées. L’Émyde lépreuse dont l’individu recensé est probablement issu d’une échappée de captivité, et le Lézard ocellé, observé à plusieurs reprises sur un projet, sans que la taille de la population n’ait pu être estimée précisément.
Les inventaires ont également mis en évidence une richesse remarquable en chiroptères, avec 29 espèces recensées, soit quasiment l’ensemble des espèces françaises. Parmi elles, 4 sont classées vulnérables : la Grande noctule, la Noctule commune, le Minioptère de Schreibers et l’Oreillard montagnard.
Pour les espèces floristiques, plusieurs présentent un statut de conservation. 2 espèces sont classées vulnérables sur la Liste Rouge PACA (la Consoude à bulbe et la Paronyque argentée), 2 espèces sont classées en danger (Ammi élevé et le Jonc de Desfontaines).
7 espèces protégées :
- Au niveau PACA : la Laîche faux-souchet, l’Ophrys de Provence, le Chardon à épingle et la Consoude à bulbe.
- Au niveau national : l’Ophrys de Sarato, l’Orchis à odeur de vanille et la Gagée des champs.
Toutes ces espèces présentent des enjeux écologiques parfois très forts pouvant réduire l’emprise de certains projets voir empêcher leur développement.
Exemple d’enjeu faunistique : la Pie-grièche méridionale
Certaines de ces espèces sont seulement de passage mais d’autres utilisent les secteurs d’études à l’année comme la Pie-grièche méridionale (Lanius meridionalis).
Cette espèce protégée au niveau national est emblématique des paysages agricoles à haute valeur écologique. Elle compte parmi les passereaux les plus menacés de France. Elle fait l’objet d’une attention prioritaire dans les politiques de conservation car elle présente un état de conservation défavorable lié à l’effondrement de ses effectifs et à la fragmentation de ses populations. Elle affectionne les milieux ouverts et ensoleillés, structurés par une mosaïque de prairies pâturées, de friches, de pelouses sèches et de cultures extensives, ponctués de haies basses, de buissons épineux et d’arbres isolés servant de perchoirs de chasse et de sites de nidification. Prédateur d’insectes et de petits vertébrés, elle dépend fortement de la richesse en proies et de la diversité structurelle du paysage, aujourd’hui fragilisées par l’intensification agricole et la fermeture des milieux.
Sa conservation repose sur des mesures de gestion ciblées, visant à maintenir ou restaurer des habitats favorables :
- Préservation des haies et des arbres isolés, maintien de zones herbacées extensives, limitation des intrants agricoles, gestion pastorale adaptée pour éviter l’embroussaillement tout en conservant des perchoirs et des zones de chasse.
- Protection des sites de reproduction, la prise en compte de l’espèce dans les documents d’aménagement et la sensibilisation des acteurs ruraux constituent également des leviers essentiels.
Ces actions sont structurées à travers différents outils, notamment le Plan National d’Actions (PNA) dédié, les mesures agroenvironnementales, la gestion des espaces naturels protégés et les dispositifs de suivi scientifique des populations. À travers la Pie-grièche méridionale, c’est la qualité écologique globale des paysages agricoles méditerranéens qui est en jeu, faisant de sa préservation un indicateur fort de la réussite des stratégies en faveur de la biodiversité.
Exemple d’enjeu floristique : l’Ophrys de Sarato
L’Ophrys de Sarato (Ophrys saratoi), est une espèce protégée au niveau national. Également connu sous le nom d’Ophrys de la Drôme, il s’agit d’une orchidée endémique du Dauphiné et de Provence.
Elle présente un fort enjeu de conservation en raison de sa rareté biogéographique et des menaces qui pèsent sur son habitat. Cette espèce se développe dans des milieux ouverts à semi-ouverts, calcaires, tels que les pelouses, les clairières et les prairies pâturées. Malheureusement, la déprise agricole et l’artificialisation des habitats menacent grandement cette espèce.
Sa conservation repose sur des préconisations de gestion, visant à :
- Maintenir l’ouverture des habitats par un pâturage extensif ou des fauches précoces ou tardives
- Éviter toute artificialisation ou enrichissement des sols
- Préserver les communautés d’insectes pollinisateurs indispensables à son cycle de reproduction.
L’intégration de ces enjeux dans les politiques d’aménagement, les documents de gestion d’espaces naturels et l’accompagnement des acteurs locaux constituent des leviers essentiels pour assurer la viabilité à long terme de cette orchidée emblématique des paysages méditerranéens et subméditerranéens.
Ces études mettent en évidence des enjeux écologiques majeurs à l’échelle des territoires PACA, de l’AURA et de l’OCCITANIE, soulignant la nécessité d’intégrer la biodiversité, tant faunistique que floristique, au cœur des projets d’aménagement.